Décharge mensuelle

12/2022

que si pour toi les deux (toi et l’écriture) forment la doublure d’une même étrangeté (c’est-à-dire toi en tant que devenirs singuliers), que l’écriture est plus qu’une facette et qu’elle est presque ta peau, les autres ne le perçoivent pas ainsi. Pas grave, pas si grave.

à n’en avoir strictement rien à foutre, à n’y rien comprendre et pourtant, à t’aimer quand même (assez bizarre, ouais)

A présent, apprendre à lâcher ce poids : —

*

la durée des vidéos fait référence à des passages de la Bible

(26:29)

*

je crois que je suis fatiguée de ça, de ces langues qui raclent, qui traînent, qui alourdissent, là, balourdes et sans souplesse ; ce qui me préoccupe, c’est une espèce de grand écart, de gymnastique esthète, un peu têtue, les poignets qui valsent, du poids plume, clin d’œil,

qu’on s’immole

*

Fondamentalement, je cherche toujours quelqu’un pour me tenir TÊTE.

*

Il n’y a pas de poète.sse.s inspiré.e.s, juste des acharné.e.s maboules.

*

On en est encore là, à faire jouer la dialectique d’opposition entre la culture classique et la culture pop. Ouais, bon, d’accord. (On dirait que certains se plaisent à rouler toujours dans les mêmes farces.)

Il y aurait tout de même quelques finesses à ajouter.

*

Soyons polissons, acharné.e.s et irrémédiables.

(diables!)

ré, sol, fa, si, do

Vous voulez que je vous dise pourquoi Bolaño est très fort ?

Tout paisible, chez lui, devient apparence du criminel.

*

*

Pas de sentiment d’appartenance au groupe, nulle part, jamais.

En cela, rester le loup de la comptine.

*

Coup de coude ;

en fait, moi, je veux juste profiter des grands spectacles.

*

Nous voulons quelque chose d’un peu plus graphique et révolutionnaire

Nous voulons lire Berserk devant des gros feux de cheminée

Sentir la cannelle et le pain tiède

Braquer le plein jour avec des chants de sirènes

*

quitter le flux quitter le flux revenir à la concentration de ce qui est plus important (pas « plus pur ») l’effroyable porosité entre moi et les f(r)ictions du monde, cet effritement permanent, et toujours cet air effaré face au décalage, ce manque de pattes, de mandibules, de crocs, de cape, d’artefacts légendaires, de Pokémon et de pouvoirs magiques

(alors, désirez-vous quand même sauvegarder la partie?)

*

l’épouvantail géant de ton jardin est un tyrannosaure

*

Voilà, mon problème à moi est ici, et s’il est ici, c’est parce que vous l’avez mis là.

Péter la gueule à vraiment tout, parce que fondamentalement, toute idole est pitoyable.

Des boulons entre les dents, et du marbre aux incisives,

plic ploc

ploc plic

oooooooooooooooh

le sang des statues se met ENFIN à couler

Allez vous faire tartiner, ouais.

*

le trou dans le ciel est magnifique

(je suis trop mort dans ma tête)

(te^te)

(teeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeete^^^^^^^^^^^^^

)

((n’oubliez pas de fermer vos parenthèses))

*

tu préfères envoyer un singe dans l’espace ou tenir une bougie éteinte dans ta main pendant quatre heures ?

*

Ce qui est fabuleux avec Araki, c’est qu’il va absolument au bout des logiques qu’il met en place. Tout au bout. Jusqu’à la pointe de l’absurde.

Alors pour moi, forcément, chaque tome de Jojo’s est l’annonce d’une belle partie de rigolade.

*

Rêvé d’un film documentaire dans lequel quelqu’un déclare : « Vous êtes la vérité. »

*

j’ai le tympan droit qui déconne, oui

(s’il n’y avait que ça)

(foule / ricanements)

*

À quoi ça sert de faire ce que tu fais quand le succès, c’est baratiner sur les trajets en voiture et les fastfoods ?

« T’es bizarre et marrant »

Sauve qui peut !!

Virginia Woolf et moi iront mener l’enquête.

T ki ?

3 minutes de bonheur, c’est un putain de combat. Mais laissez-moi vous dire que la vie est bien plus simple dès lors que la trinité prend l’allure d’une grande brioche.

*

« vous ne m’aimez pas, alors vous sortez du champ de la caméra. »

*

2023 voilà voilà voilà voilà il faudrait se réjouir passage des ans fronce le sourcil les frontières atteintes de la maturité (défoncée défoncée) apaisement des colères rentrées et tues oubli de la marionnette sauf que sauf que héhé tourne la boucle dans ta langue ta bouche là comme une ceinture la couronne de pin sur ta gueule florale bah ouais c’est toujours la même comédie qu’on se raconte les anecdotes de blablabla et les noms que ça rentre et que ça sort d’une oreille à l’autre paie ton sourire de bouc bon le plateau est vide et ma tête et mon cœur et qu’est-ce qui tombera encore dedans ?

(murmures)

((tré)passe à la suite)

*

Que faut-il pour se sentir en paix avec soi-même ?

Juste un peu de soleil, apparemment.

*

comment je maintiens le style de ma moustache, tous mes secrets révélés !!!

*

Le blizzard du siècle n’est pas à Buffalo, mais dans mon cœur.

(Ici, la foule s’émeut, s’aplatit, et jette des roses sur mon visage.)

*

Mon grand projet pour 2023 est de revoir pour la troisième fois l’intégralité de Bojack Horseman. Je rattrape les coups ; le monde manquait d’ambition. Eh ouais.

*

A la cokest de l’ouest !

*

Mon âme part à l’aventure,

je chope le bus pour la pourchasser

(A T T E N T I O N : ceci n’est pas (surtout pas ouhlala non non) le début d’un poème)

*

Le plus grand problème du lyrisme, c’est votre tête et le mot coloscopie.

*

T’aimerais que les gens soient des xylophones invisibles ; c’est ta vision de la transcendance.

*

en fait, toi, toujours, au lieu de faire des grosses soirées, tu fais des dessins bizarres dans ta chambre

LOOSER !!!

Décharge mensuelle

11/2022

« Finalement la création c’est la panique, toujours, je veux dire, c’est sur les lignes de fuites que l’on crée, parce c’est sur les lignes de fuites que l’on n’a plus aucune certitude, lesquelles certitudes se sont écroulées. »

Gilles Deleuze à Vincennes – Anti-Œdipe et autres réflexions cours du 27/05/80

*

Note : prendre des extraits du Weather report de David Lynch pour en faire un podcast.

*

« Le système actuel de seigneurs et paysans de Twitter pour qui a ou non une coche bleue , c’est des conneries. Le pouvoir au peuple ! Blue pour huit dollars par mois », a tweeté M. Musk.

*

des fois, t’es complètement perdu dans l’écriture, tu sais plus rien du tout du tout et ça revient, par hasard, au pif, un documentaire sur Houston, les carnages que la ville porte en elle, sur elle, avec elle, trois personnages comme autant de couplets qui accompagnent le mouvement, la narration qui se découpe en trois lignes épaisses (l’enfer est un nouveau refrain qui nous est refourgué, la gorge est pleine, oupsi) : la temporalité dictée par la venue prochaine d’un ouragan ; les dynamiques de pouvoir et d’oppression qui percutent les individus ; et le rap, la musique. Impossible d’écraser ses lignes les unes sur les autres, pas de rapetissage, pas d’emporte-pièce, c’est le monde qui nous emporte et nous mène au pied de ses démesures ; bon, et alors ? Et alors la tragédie porte son lot de fleurs, et moi je suis très émue par les néons et les éclats de voix brisés,

qui, pourtant,

continuent

encore et encore et encore et encore

d’éclabousser

(putain de merde)

*

Rencontres qui ouvrent ou qui ferment

rencontre-voyage, rencontre-création

*

Ça fait du bien, hein ?

De pouvoir de nouveau écrire des trucs sans avoir l’impression d’être complètement à côté.

*

Montrer comment les lignes s’enchâssent et s’écrasent entre elles, comme il n’y a pas de franchissement, à peine des seuils qu’on traverse, et des portes qu’on se mange ; cette espèce de douleur, de la fatalité du souvenir que rien ne viendra jamais effacer complètement, ces mémoires bèguent, ces évidences à gueule de calamité, ces accumulations qui nous font un poids de dingue sur nos cœurs, ces fausses enjambées, cette impossibilité de véritablement passer à autre chose.

Oui, oui, tout ça, je le prends et je vous le donne.

*

l’essentiel c’est qu’il y ait un tremblement, là, dans mon écriture,

c’est comme se prendre une grosse branlée, mais en meilleur

des infra-déplacements que personne ne perçoit, sauf moi, qui sent que tout bouge, qui sent que tout mitraille,

qui me ramasse, tambours à terre, parmi les morceaux de vases explosés ;

bon,

alors, maintenant : qui veut une glace à la pistache ?

*

putain, bon, OK, je sais pas comment vous dire à quel point je me sens bien quand je crée des trucs

(tout le monde peut bien me quitter, vous aurez vraiment du mal à me retirer ça)

*

Mais bien sûr que c’est l’art qui me sauve.

(Vu Liebestod d’Angélica Liddell hier soir, vais probablement mettre 52 jours à m’en remettre. En fait, les seuls mots qui me chaussaient l’esprit en sortant de la pièce étaient : whaouh. Putain.)

Le théâtre contemporain parvient à toucher à une telle intensité. Assourdissant.

Moi, je sors de là, comme défoncée, et je voudrais planer toujours dans ces états d’âme qui volent au-dessus des plastiques, et créer, oui, beaucoup, j’y retrouve une foi de dingue, une envie de dingue, juste une scène, de la musique, des mots et tout déglinguer.

Je dois être encore plus forte dans ce que je propose, plus sûre, plus radicale, prétendre effleurer le quart du feu sacré de ces pièces.

OUI : Liddell, Gosselin, Jolly, Vienne, etc., etc.

*

C’est bien de se faire renverser par des pièces comme ça, mais moi après je plane à 4000 au dessus du réel et j’ai un mal fou à redescendre, qu’est-ce que j’en ai à foutre de devoir aller travailler alors que je veux qu’on me laisse créer tout le temps, qu’on laisse les œuvres me bouleverser tranquillement pendant des jours, des semaines, jusqu’à la fin de ma vie.

*

notre capacité à être ultra médiocre dévaste tous les souvenirs

*

Dans le spectacle que j’imagine dans ma tête, il y a d’abord un Weather report de David Lynch, et puis des images qui apparaissent une par une sur un écran au rythme de bruits de balles, et puis des gros bruits d’eau (comme une batterie de l’enfer), et puis à un moment, il y a cette musique : https://youtu.be/Hc1lkafpZ9o

*

Je tiens toujours mes feuilles avec les mains qui tremblent et à présent, j’enfouis tout dans ma bouche,

35 minutes de poésie et de cimetière

*

Voilà, maintenant, il faut faire quelque chose de grand, de gigantesque. Une tragédie gigantesque.

*

Vraiment la vie tout le temps bizarre, tout le temps moi plus bizarre que la vie

Lettre ouverte

Lettre ouverte à Angélica Liddell

Je vais te donner tort Angélica.

Tu verras tes mots de mépris soulignés à mon front, mon petit air canaille bien assis sur mon siège et qui sourit et qui rie de se voir éclater dans les vérités de ta nuit, ton épée dans mon cœur et moi qui jouis sur la lame.

Médiocre écrivaillon imbécile instagrammeur à la mode et qui se chie dessus, se pisse dessus, ton cœur, le mien, ta douleur, ma tristesse, nos angoisses entrelardées, tu voudrais nous foutre dehors et nous ramener d’un même ton — tu dis Céline MORT, Rimbaud MORT, Artaud MORT, Pasolini MORT, Genet MORT et je te rejoins dans ton cri.

Ma voix n’est pas la tienne Angélica, c’est pourquoi je vais te donner tort.

Parce que tu hurles le manque d’amour, l’absence d’amour, l’impossible amour avec la même gueule de loup que la mienne, parce que tu suspends ta peau à la corne du taureau, que j’y accroche mon drap humide d’avoir tant chialé la perte, que nous prions au rythme de suppliques si proches qu’il ne vaut pas même la peine d’en parler.

Pleine de mots, pas pleine de vie.

La parole nous arnaque, oui, c’est du sang que je crache quand je parle; c’est du sang que tu offres quand tu joues.

Nos deux terrains s’approchent et se repoussent avec la fierté du papillon qui s’échappe de l’enlacement de mes doigts, et tu voudras peut-être, sans doute, me tirer mille balles dans les joues, danser ta fureur sur ce qu’il me reste d’âme, moi, l’enfant du siècle de la rationalité acquise, moi, l’enfant privée de Dieu, moi l’enfant des grèves, des cancers, du libéralisme abusif, des antidépresseurs, des mers en sang et des forêts en flamme, moi, l’enfant détruit lorsque le doute de la transcendance ne lui fut plus permis.

Tu crois, Angélica, que je ne me suis pas fustigée moi-même d’être si loin des poètes que j’adoube ? Tu crois, Angélica, que le contemporain me sied ? Que les tics de bureaucrate me réjouissent la gueule ?

Je suis bête oui, je suis de cette sale génération de modernes issue d’un véritable cauchemar, celle qui vibre de la même intensité devant ton Liebestod qu’en lisant la Bible; et tu sais quoi, Angélica ? Je suis de cette génération folle qui aime ton théâtre, qui aime se faire torpiller par ton théâtre, qui aime voir les poings imputrescibles de tes mots lui retaper en entier la tronche.

Et sans doute déchireras-tu mon texte comme les mots des personnes qui tentent de t’approcher, d’attirer ton attention, et tu diras quelle MIERDA, avant de rouler le papier en boule et d’en retourner à ton travail, et moi alors ? Je m’en réjouirai quand même.

Vois-tu, tes admonestations au public, je les ai déjà proférées à l’encontre de moi-même, je les ai déjà retournées comme des millions de sabres dans mon propre ventre.

Que veux-tu Angélica ?

Je suis le taureau, la muleta tendue et le toreo qui vient pour tout exploser.

Comment peux-tu dire que je rentrerai sagement chez moi, bâfrant comme d’hab aux heures de d’hab quand, après ton spectacle, tout en moi est retourné ? Quand je me rejoue tes scènes encore et encore et encore à l’intérieur de ma cervelle imbécile ?

Aha, je sais, je n’y ai rien compris.

(Et toi, comprendrais-tu les assauts de rage qui suintent de mes poèmes ? Comprendrais-tu la densité de mes nuits ?)

Tu peux bien t’en foutre Angélica, tu peux bien m’ignorer, m’outrer, me mépriser avec ton Verbe en lance-flammes, tu ne m’empêcheras pas d’aimer profondément l’art que tu fais.

Je t’écrirai une symphonie Angélica, je te chanterai la barcarolle des damnés, de celles et ceux qui veulent le ciel, mais se ramassent les dents contre la terre, de ces furieuses et de ces furieux qui souhaitent repeindre en pourpre les ailes des colombes et tracter les océans d’un murmure de foi. Tu ne peux pas savoir comme je prie Angélica, comme je me consacre et m’agenouille, tu ne peux pas savoir comme les yeux des anges me terrorisent, tu ne peux pas savoir ce qui précipite mes nuits, ce qui percute mon corps aux premiers feux de l’aube.

Puisqu’il n’y a, en vérité, rien à savoir.

Cette fois-ci, je vais te donner raison Angélica, parce que je ne serai ni le dernier Céline, ni le dernier Genet, ni le dernier Baudelaire, ni le dernier Rimbaud, je serai le nom qui te porte en estime et que tu n’estimeras point. Qu’importe, tu sais, le jour se lève et dégueule de lumière et moi, je le dis Angélica, moi, je travaille à mon feu, à ne pas perdre mon feu, à être à la hauteur des feux que les artistes de ta trempe parviennent à porter.

Alors, au fond, ai-je réellement envie de te donner tort ?

Décharge mensuelle

10/2022

Faites vibrer la page, bordel de nouilles !

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En fait, je crois que toutes ces circonvolutions d’universitards sur la poésie (le récitatif du vouloir-dire dans la thaumaturgie d’un je-je-je condensé dans l’informité semi-pure d’un néo-lyrisme ultra-vénère), moi, je les regarde bien en face et leur réponds : haha.

L’essentiel, c’est de ressentir l’explosion de ses doigts sur le clavier.

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Maintenant, je me surprends à penser des trucs comme : c’est un truc de ouf les bains de pieds en vrai.

Eh oui, les esprits profonds, etc., etc.

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parfois je perds entièrement le goût de l’écriture et je le retrouve en lisant des trucs très très contemporains, de maintenant, et pas de 1958 (arrêtez de croire que le contemporain c’est 1958 ou 1982, en quarante ans, y a des tas de bascules, on peut continuer à se mytho toujours encore, mais c’est vrai, en 2022, on veut des littératures qui nous fassent faire crac boom dans le pantalon, et suer jaune dans nos tee-shirts dévalés)

on veut se manger des portes dans les voix pour écrire au plus vrai et au plus juste de nos cœurs

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Je retombe dans Bolaño. Et à chaque fois que je lis Bolaño, je me rends un peu plus compte que je l’adore. Il a ce truc des phrases simples qui tombent et percutent — l’impact laissé par la bombe. Puis sa narration, là, toujours qui digresse et toujours qui te ramène ; quelque chose de rhizomatique.

J’ai l’impression que dans ses textes, il nous dit ça : le monde est hyper compliqué, mais on est tous ici avec nos joies perdues et notre part de noir.

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« La république est plus forte que Tiktok. »

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L’anime Chainsaw man est un spectacle correct. Et seulement un spectacle correct. Alors que le manga de Fujimoto est une révolte punk qui flanque une dérouillée hilare aux codes du shonen et se joue du découpage, des angles, de la mise en scène.

Il aurait fallu au minimum le culot d’un Yuasa pour tenter d’adapter ça.

Heureusement, la nouvelle saison de Mob Psycho 100 nous sauve (d’à peu près) tout.

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Vidé.

Genre, à plus savoir du tout où mener ma phrase, bon, et alors ma tête devient une piste cyclable de l’enfer et je tourne en rond dedans et je ne peux plus m’écarter du cercle que je trace moi-même moi-même à la rigueur du pas de course qui creuse la terre avec d’épaisses semelles de bottes et le ciel est assez moche (style jaune sable) et le titre de mon prochain chef-d’œuvre sera : le dernier concombre

*

(…) et moi je crois qu’il n’y a pas de langue vraie ou réelle ou physique, seulement des langues qu’on parle et des langues qu’on invente (…)

Décharge mensuelle

09/2022

Aimer est un verbe d’action.

Et je pense à Nietzsche en bouffant mes céréales.

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La reine Elizabeth II a été couronnée à 27 ans.

Qu’est-ce que vous attendez pour moi ?

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Les abeilles sont désormais informées du décès de la reine. Depuis, la paix est revenue dans le monde et tout va mieux.

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Ma messe à moi, c’est mes mille mètres à la piscine.

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En ce moment, plus rien à écrire, donc — (laisse gonfler le silence, attente, attente,… BULLDOZER IS COMING!)

*

JLG JLG JLG JLG JLG

à se le répéter presque au silence, avec, galopant dans la tête, le souvenir de sa voix toute chevrotante des dernières interviews, ce truc là, ce tâtonnement sans vertèbre, cette radicalité tatillonne, cette érudition infernale, l’invective flambarde lâchée à tous — gratos et pas de merci ! Lui qui n’en avait rien à foutre et tant à faire,

pour qui chaque film était une nouvelle façon d’expérimenter le cinéma, un autre grain de poussière qu’il déposait sur les cendres, « pas une histoire mais des histoires », de celles qu’on se chuchote toujours, de celles qu’il faisait mine d’emmerder (pas de scénario!) cigare au bec, alors qu’il y tenait plus que quiconque à ce déroulé fautif, cet enchaînement bancroche d’événements qui nous échappe et avec lequel on doit pourtant faire sens (du moins, s’y efforcer),

lui, là, avec sa manie de chouraver à tout le monde, copie-cat cambrioleur, lourdant ses références quand ça lui chantait, qui déroulait, le sifflot goguenard, les fils de la littérature, de la philosophie, de tous ces films qu’il s’était bouffé sa vie passant, la méfiance pourtant toujours dressée envers le langage, qu’il noyait et saturait volontiers dans ses œuvres, bruit parmi les autres, c’est ça la vie,

la vie, la vie, la vie

« Salut à toi, vieil océan ! »

*

J’ai des conversations imaginaires que j’aurai jamais avec personne.

C’est ça la vie.

PROJECTION FATALE !!!

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J’adore les images. Elles me fascinent, m’abrutissent et m’élèvent.

Aucune immédiateté dans l’image. Au contraire : la médiation absolue. Le ET, la paroi qui masque et qui relie. L’appréhension vrai/faux rendue à son inanité vantarde.

Et cette espèce d’attraction infinie dans laquelle on nous élève et à laquelle on se rend.

*

C’est ça qu’il faut atteindre, quand le ventre se met à trembler, que tu te retrouves armes à terre, à contrôler presque plus rien du tout.

*

Ce matin, j’avais la sensation d’être un requin dans une piscine.

« je suis à peu près sûr d’être à peu près quelqu’un de solide »

*

Que voulez-vous faire si même les reines du télé-achat sont déchues ?

Mettre un peu de gentil dans son verre de méchant.

*

En fait, en ne pensant plus le texte pour le format « livre », on explose tout, et c’est là que ça commence à devenir un peu intéressant.

Parfois, j’écris des choses et ce que j’écris me rend assez heureux.se.w.z.

(évidemment les éditeurs sont planqués dans leurs loges et s’en branleront à perpétuité, mais ce n’est pas tellement pour eux que je fais ce que je fais)

((c’est pour la gloire, l’argent et la volupté))

*

Tu ne fais pas partie des coups de cœur de lecture, aucun.e écrivain.e ne lit tes textes dans des maisons de poésie, tu creuses ton sillon franc dans l’impardonnable d’une époque triste à crever, tu redoutes autant les silences que que que (ta voix s’encastre dans la nuit)

ACCIDENT DE PARCOURS

BZZZ BZZZZZZ

Toutes ces semaines ME TERMINENT

*

En fait, moi, je ne suis qu’une [bip bip]. Tout le monde, aujourd’hui, publie des recueils de poèmes, c’est comme ça. Tout le monde est très beau et très sensible et très jeune et très fougueux et très singulier et très métaphorique. Ce que j’essaie de faire, tout ce monde-là (précisément) s’en contre-fiche, personne ne comprend rien aux textes que je m’efforce d’agencer, aux formes dans lesquelles je ne rentre pas (alors je me bute la tête pour inventer les miennes et me confronte à encore plus de silence), souvent je veux faire de grands gestes très spectaculaires et dire tout haut regardez-moi mais je n’ai définitivement ni l’ego ni la suffisance assez endurcis pour le faire alors je boucle ma petite gueule et je l’enfonce dans le sable, là, il ne peut plus rien se passer, là, même vos échos morts ne peuvent plus m’atteindre, là, mes larmes brûlent pire qu’un désert et mon cœur aboie et moi j’essaie de l’imiter avec ma bouche pleine de sable ma gorge pleine de sable et alors je me dis que vos gorges sont comme la mienne, gavées de sable, et si sèches, si terriblement sèches, que je pourrais oui, et hyper facilement oui, y amorcer mon feu, comme si de rien, un mégot perdu, et tout vire à la FLAAAAAAAAAAAAAAMMBE !!!

*

Vous êtes des animaux tristes.

*

Dans l’épaisseur indécidable du jour qui tire sa grosse gueule de nuit, moi, je fais salle comble.

*

qui porte le langage et ses trous, la langue qui rame et se plante et de nouveau s’acharne dans un beau mouvement de pelleteuse convulsée

*

Je crois que je parviens à un contentement dans l’écriture quand j’arrive à atteindre le plus pété de moi-même.

*

« I’m Bob Ross » est une des réponses à tous les instants creux de ta vie.

*

Quand la mise en page d’un roman qu’on me dit être « contemporain » est trop sage, d’emblée je me dis : ça me fait chier.